accèder à la version anglophone

La flûte de Pan aujourd'hui dans le monde :

Avant l'arrivée des premiers flûtistes roumains en France, on ignorait totalement cet instrument, ou tout du moins on n'entendait jamais le son dans les radios ou autres médias.



La flûte de Pan sud américaine :

Appelée "siccu" ou rondador suivant les pays, sont des tubes liés entre eux d'une façon rectiligne. Les sud-américains utilisent pour la fabrication de leurs flûtes, les bambous que la nature leur fournit, c'est à dire de petit diamètre à parois fines c'est cela qui leur donne ce son particulier, un mélange de souffle et de son qui convient parfaitement au style de leur musiques. Ces flûtes étant rectilignes peuvent être utilisées parfois rapprochées les unes des autres par pair et jouées en sautant d'une flûte à l'autre. Elles sont accordées à la convenance du morceau à interpréter.



Les flûtes "roumaines" appelées "Naï" :

Disons flûtes de pan européennes ont une facture plus élaborée, elles ont une forme cintrée. Cela est sûrement dû à l'évolution dans le temps et à la nécessité de pouvoir interpréter le repertoire des violonistes tziganes qui fait souvent appel à des qualités de vélocité et de virtuosité.

Les altérations supplémentaires ou accidentelles s'obtiennent en couvrant ou en appuyant le tube concerné avec la lèvre supérieure de façon à l'abaisser de 1/2 ton.

Exemple : un tube accordé en "La" légèrement appuyé contre la lèvre inférieure sera ainsi abaissé de 1/2 ton donc sonnera comme un "La bémol" ce qui équivaut à un "Sol # " enharmoniquement.

Cette technique un peu acrobatique permet d'aborder des modulations voisines avec justesse et homogénéité. A partir des tubes Do 4(à l'oreille) et plus aigus, la justesse est facile à obtenir. En dessous de cette tessiture, les 1/2 tons sont difficiles à réaliser car ils perdent de l'amplitude et sont trop souvent hauts.

En général, les flûtes sont accordées dans les tonalités de Do maj, Sol maj ou Ré maj. Pour jouer des tonalités plus éloignées demandant une certaine virtuosité, il vaut mieux utiliser plusieurs flûtes.

Il suffit pour s'en convaincre de jouer avec une seule flûte "la habanéra" de Maurice Ravel et "la Suite en Si mineur" de J.S. Bach.

Ce problème des tonalités éloignées dès les débuts de mon apprentissage de joueur de flûte de pan m'a orienté inconsciemment vers le système de la Flûte de pan polytonale .



La flûte de Pan polytonale
de Franck Thore :


En 1970, Franck Thore fabrique sa première flûte de pan en se basant sur des photos.

J'ai placé, dit-il, les tubes graves du coté gauche, étant enfant c'est ainsi que je jouais de l'harmonica.

J'ai accordé ma flûte en Do maj et vite découvert qu'avec un Fa# à la place du Fa, j'obtiens une flûte accordée en Sol maj. Il me faut donc un petit piston étanche pour raccourcir ce tube de 1/2 ton. Une clé placée vers moi donc invisible du public déplace ce piston de la longueur voulue.



Cette longueur voulue est déterminée pour chaque piston avec l'adjonction de cales réglables.

A partir de ce principe, on peut obtenir un Do# pour avoir la tonalité de Ré maj, Sol# pour avoir la tonalité de Mi maj. En faisant la même chose avec des bémols, on aura les tonalités de Fa-Sib-Eb-Ab.

La difficulté est de trouver l'emplacement pour que toutes les clés puissent être mues par les deux pouces. Afin de garder la mobilité de mes 2 pouces, j'ai fixé sur l'avant gauche (coté tubes graves), un support dans lequel je passe ma main, cela me permet d'affermir la tenue de l'instrument pendant le maniement des clés.

En alliant la technique de la Flûte de Pan modèle classique et celle de la Flûte Polytonale, l'éventail des tonalités se trouve ainsi considérablement agrandi. Elle peut s'accorder dans douze tonalités différentes tout en la jouant.



En fait, la Flûte Polytonale se trouve être la réplique en quelque sorte du système chromatique de la harpe inventé par Sébastien Erard en 1786 ; les clés de la flûte agissant comme les pédales de la harpe.



En conclusion, la Flûte Polytonale de Franck Thore permet de :

1) jouer toutes les tonalités avec le même instrument,

2) respecter l'homogénéité entre les notes naturelles et les notes altérées,

3) garder la possibilité de jouer les trilles réels entre presque tous les degrés de l'instrument surtout dans le grave,

4) l'accorder au diapason voulu rapidement, cela est parfois nécessaire lorsque l'on est accompagné par des instruments accordés d'anciens diapasons.

5) n'utiliser qu'une seule Flûte de Pan si on le désire.

Une technique de chiffrage et de notation que Franck Thore a élaborée petit à petit facilite l'approche des tonalités éloignées lors de la lecture d'une partition. La première lecture d'une partition permet de déterminer où placer ces notations, c'est d'ailleurs ce que font les harpistes lorsque l'on aborde des modulations délicates mais ceci peut être personnel.



La flûte de Pan polytonale Basse
en sol :


Franck Thore aime utiliser le registre grave de la flûte, à cet effet il a conçu un deuxième instrument qui sonne une quarte plus bas.

En écoutant la rubrique "Extraits musicaux" les titres : Tango d'Albeniz, Les Bambous et La Sonate au clair de lune de Beethoven, on se rendra compte de la différence de climat musical apporté par la "Flûte de Pan polytonale Basse en sol".